#21 Le Pérou
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#21 Le Pérou

Visiter le Pérou n’était pas prévu – plutôt le fruit d’un pari (sur la propagation du COVID) et d’un compromis (avec Annie, sur quel pays visité en dehors de l'Asie).

Faire le tour du monde vers l’Est n’était pas au programme et je comprends pourquoi : c’est plus cher mais surtout les décalages horaires sont très violents. Le Sydney -> Santiago du Chili -> Lima fût rude. Changer de continent, c’est aussi changer de point de référence : le décalage horaire par exemple, l’hygiène (un peu), et bien sûr la rue sud-américaine, très différente de l’Océanie : tout à coup, la notion de sécurité dans la rue devient un enjeu par exemple. Je pense que les enfants ont commencé à mesurer la différence entre le monde lisse de l’Australie et la jungle urbaine de Lima dès l'autoroute qui relie l’aéroport au centre de la ville – les vendeurs de boisson et de glace à l’eau à l’unité qui passent entre les voitures, la musique qui s’échappe de vieux tacots sans ceinture de sécurité, les motos pétaradantes, les bus pleins à craquer qui s’arrêtent au milieu de la route… l'Amérique du Sud, quoi!

Pourtant, nous n’avons quasiment rien vu du Pérou – Lima à peine une journée avant le départ pour Trujillo et le village de Huanchaco au Nord sur le Pacifique. Quelques ruines à Chan Chan, cette plage assez brute de Huanchaco, ces surfs de paille et ces beaux couchers de soleil, et les gens surtout : le couple de vieux propriétaires de notre Airbnb, tellement adorables tous les deux, la famille qui gère le collectivo qui nous ramènera après la visite de Chan Chan et du temple du soleil, la famille à l’étage en dessous de notre Airbnb qui fait la fête toute la journée avec leurs enfants, et l’insouciance qui se dégage plus généralement.

Cette insouciance qui nous enveloppait aussi au début – même si la fermeture des musées à Lima pose la question de la fermeture à venir du Machu Picchu et la peur de se retrouver coincer là-haut sans accéder à mon « Graal ». Il y a alors 5 ou 10 nouveaux cas de COVID par jour.

Je me souviens de cette couverture du Parisien local – « Cerrar el Pais » qui m’avait mis la puce à l’oreille dans l’après-midi du dimanche. Le soir tout paraissait calme: un superbe coucher de soleil orange-violet sur le toit de notre Airbnb, les voisins boivent des bières dehors sur des chaises longues, et je vais chercher des lasagnes végétariennes et des pizzas pour notre dîner dans le resto d’à côté. Nous mangeons gentiment sur la terrasse, les filles descendent se mettre en pyjama et Annie rassemble les affaires pour notre départ le lendemain matin vers Arequipa puis Cuzco. Je vais rendre le plat de lasagne en céramique au restaurant quand le propriétaire, qui parle anglais, me remercie parce qu’après l’allocution du président, il doit fermer sa pizzeria le lendemain jusqu’à nouvel ordre : confinement général sous 24h, fermeture du pays dans les même délais.

Alors tout s’accélère : l’idée du confinement à la cool perd de sa superbe avec le pays fermé et plus de vol extérieur. Je rentre à la maison et demande aux filles de faire leurs valises, tandis que je pars voir notre hôte au RDC pour lui demander de nous déposer à l’aéroport avec sa voiture: il faut partir à Lima ce soir, pour essayer d’attraper un vol pour les US dès le lendemain. Je me souviens de la course dans les escaliers... de la gentillesse de nos hôtes qui nous déposent à l’aéroport sans savoir s'il y a un vol... de la négociation avec la compagnie aérienne pour prendre le dernier avion du jour, qui attend sur le tarmac pendant 2h après l’atterrissage, avant de nous libérer dans un aérogare bondé. Je me souviens aussi des milliers d’étrangers de tous les pays du monde sont là, agglutinés à la recherche d’un sésame pour partir avant la deadline présidentielle. Après une heure de lutte sur différents sites, je trouve un Lima -> République Dominicaine -> Miami à $3000 par personne. Je le prends, tout en textant la propriétaire de notre premier Airbnb à Lima pour qu’elle nous accueille pour la nuit. Le lendemain aux aurores, j’apprends que Maman a le COVID – re-changement de programme : départ pour Punta Cana, mais Miami n’est plus la destination finale : je réserve un vol pour Paris depuis Miami, et c’est ainsi qu’après une nuit d’escale en République Dominicaine, le Punta Cana -> Miami -> Dallas -> Paris nous vaccinera des avions pour un moment.

1000 émotions nous envahissent dans ces longs vols : l’angoisse du COVID pour Maman, la fin de cette aventure tous les quatre, et l’ensemble de circonstances et de choix un peu hasardeux qui nous ramènent à Paris une semaine après avoir changé de route et quitter Sydney. En voyant l’armée fermer l’aéroport de Lima, je pense tout de même que nous avons fait le bon choix.

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